Raphaël GLUCKSMANN. Les enfants du vide. Allary Editions

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Raphaël GLUCKSMANN. Les enfants du vide. De l’impasse individualiste au réveil citoyen. Allary Editions, 2018. 216 pages.

J’ai beaucoup apprécié ce livre puisque, comme conseiller au Comité Economique et Social Européen, je milite pour une reconnaissance des organisations de la société civile comme rempart contre l’atomisation sociale, et l’auteur précise que déjà Tocqueville la considérait comme le terreau du despotisme. « La démocratie suppose des corps intermédiaires forts qui sociabilisent les individus et font émerger une conscience collective ».

Et lorsqu’il parle de l’Europe, son constat est clair : « Ne pas saisir les implications pour la démocratie de l’atomisation sociale, de l’explosion des inégalités, du délitement des liens civiques rend impossible toute résistance efficace à la déferlante populiste ».

Herman VAN ROMPUY. Anti-mémoires. Mardoza.

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Herman VAN ROMPUY. Anti-mémoires. Mardoza. 144 pages.

Herman Van Rompuy, ancien premier ministre belge fut le premier président du Conseil européen (de 2010 à 2014). Agé de 70 ans, il nous livre sa vision de l’Europe qu’il a connue à un poste privilégié. Il observe que la peur des migrants est très forte en Hongrie ou en Pologne, alors qu’il n’y a pas de musulman. Il évoque les démocraties illibérales, celles qui ne garantissent pas les libertés fondamentales. Il fait preuve de compréhension envers les populistes italiens puisque l’Europe a longtemps été légère envers ce pays, le laissant se débrouiller face aux migrants. J’ai bien aimé sa définition de la démocratie ; « la divergence d’opinions organisée ».

Le livre se termine avec ses deux discours, celui de la réception du prix Charlemagne et celui, en décembre 2017, où il reçoit au nom de l’Union Européenne, le prix Nobel de la paix. Comme axe pour l’Europe, il propose « plus de détermination à l’extérieur et plus d’attention à l’intérieur ».

Dominique WOLTON. La dernière utopie. Naissance de l’Europe démocratique. Flammarion.

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Dominique WOLTON. La dernière utopie: Naissance de l’Europe démocratique. Flammarion. 1993. 456 pages.

Une excellente réflexion sur l’Europe qui date d’il y a 25 ans et qui conserve toute sa pertinence. L’auteur prévoyait déjà que l’Europe risquait de s’acheminer vers un rôle de bouc émissaire, il pointait la difficulté d’un récit fédérateur à l’heure où les deux motifs initiaux auraient disparu ; le communisme et le souvenir de la guerre. Dominique Wolton soulignait déjà : « Il y a dans cette carence de réflexion stratégique sur la communication une des plus graves difficultés démocratiques de l’Europe » (p. 168).

Il note que l’on a voulu construire une Europe économique mais sans considérer l’Europe politique, il nous faut « nous débarrasser du fétichisme de l’économie comme condition de la réussite du projet européen » (p. 265).

Jean QUATREMER - Les salauds de l’Europe

Jean QUATREMER. Les salauds de l’Europe. Calmann-Lévy.

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Jean QUATREMER. Les salauds de l’Europe: Guide à l’usage des eurosceptiques. Calmann-Lévy. 2017. 318 pages.

Un régal de lecture. L’auteur connaît parfaitement l’ensemble des rouages européens et a pu côtoyer la plupart des acteurs. Jean Quatremer a la dent dure contre certains responsables et notamment à la Commission Européenne ou au Conseil de l’Europe, mais toujours en démontant les nombreux mythes qui circulent.

L’auteur rappelle que l’Europe est un espace de paix, couronné par un prix Nobel en 2012 et qu’elle concentre 50 % des dépenses sociales de la planète. Déjà, en janvier 1925, Edouard Herriot, président du Conseil des ministres déclarait « Mon plus grand désir est de voir un jour apparaître les Etats-Unis d’Europe ». Presque 100 ans plus tard, nous en sommes loin, et l’objectif est surtout de bien faire fonctionner l’Europe existante. J’ai appris qu’il y avait, toutes institutions communautaires confondues, 56 000 personnes salariées par les institutions européennes à Bruxelles.

Bilan de faillite

Régis DEBRAY. Bilan de Faillite. Gallimard.

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Régis DEBRAY. Bilan de faillite. Gallimard. 156 pages.

Un peu convenu dans la forme (Un père écrit à son fils bachelier pour lui donner des conseils pour son avenir), le livre est superbement écrit et la vie passionnante de Régis Debray mérite que l’on prête attention à ses recommandations. Les formules sont brillantes, ainsi lorsqu’il évoque la mission ministérielle dont les résultats vont « rejoindre le tombeau du rapport inconnu ». Beaucoup de citations comme celle de Clémenceau « Pour être ambassadeur, il ne suffit pas d’être con, il faut aussi être poli ». J’ai apprécié ses formules « Qui ne prend pas les transports en commun ne pourra jamais communiquer efficacement » ou « Trotsky fait rêver mais c’est le smartphone qui a changé nos vies ».

François HOLLANDE. Les leçons du pouvoir. Stock.

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François HOLLANDE. Les leçons du pouvoir. Stock. 410 pages.

Exercice d’auto-justification permanente dans lequel l’ex-Président plaide pour son bilan et ne se reconnaît aucune erreur. On n’apprend pas grand-chose, à l’exception de quelques anecdotes. J’ai bien aimé la formule à l’égard des frondeurs « ils ne maniaient pas une fronde, mais un boomerang » (p. 201).

Fondation Robert SCHUMAN. L’état de l’Union 2018

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Fondation Robert SCHUMAN. L’état de l’Union 2018: Rapport Schuman sur l’Europe. Editions Marie B. 366 pages.

A l’approche des élections européennes où beaucoup d’approximations vont être énoncées, cet ouvrage présente un diagnostic précis de l’Union Européenne avec, à chaque fois, les meilleurs experts du sujet. Sur l’Europe sociale, les nouveaux clivages politiques (le clivage Européen-souverainiste va-t-il remplacer le clivage gauche-droite ?), les politiques économiques…
La deuxième partie expose de nombreuses cartes et tableaux très pédagogiques. J’ai particulièrement apprécié l’article de Jean-Dominique Giuliani, le président de la Fondation Robert Schuman, qui montre le décalage entre la perception d’une Europe figée et la réalité des avancées permises par l’Union. Clair, pédagogique, précis. Bravo.

Un récit de Fukushima. Le directeur parle.

Franck GUARNIERI et Sébastien TRAVADEL. Un récit de Fukushima. PUF.

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Franck GUARNIERI et Sébastien TRAVADEL. Un récit de Fukushima. PUF. 205 pages.

Ce récit de l’audition du directeur de la centrale de Fukushima qui a explosé en mars 2011 est assez extraordinaire pour qui s’intéresse à la gestion de crise. Il montre que derrière les procédures existe une forte dose d’incompréhension entre les acteurs et une improvisation importante et souvent constructive. Le directeur indique que l’ambiance en salle de crise était fréquemment à la confusion, avec des rapports qui se succèdent sans discontinuer. « J’étais davantage occupé à communiquer avec l’extérieur qu’à donner des directives ». Et pourtant, chose ahurissante, lorsqu’on lui demande si le siège était au courant de ce qu’il faisait, il répond négativement en indiquant avoir coupé la liaison entre la cellule de crise et le siège : « Le siège n’a pas besoin de savoir tout cela » (p. 67). Masao Yoshida, le directeur, indique également la difficulté de faire venir des secours : « Pour être clair, tout le monde a fui, et personne n’est venu ». Un livre captivant et inquiétant.

Robert KENNEDY. 13 jours, la crise des missiles à Cuba.

Robert KENNEDY. 13 jours. Pluriel.

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Robert KENNEDY. 13 jours, la crise des missiles à Cuba. Pluriel. 162 pages.

Cet ouvrage est extraordinaire. Il s’agit de notes prises par Robert Kennedy, un des principaux conseillers de John Kennedy, lors de la crise des missiles. On y apprend que le monde a été réellement à deux doigts d’une catastrophe nucléaire majeure. Pour ceux qui s’intéressent à la gestion de crise, c’est un livre majeur et je remercie Patrick Lagadec de me l’avoir fait découvrir. On apprend qu’il faut éviter que le Président soit en permanence en cellule de crise « car on en vient à faire des recommandations en fonction de ce que l’on pense que le Président veut entendre », que la pression anéantit certains là où elle fait surgir des forces insoupçonnées chez d’autres, que l’unanimité des opinions apparaissait dangereuse : « Le Président Kennedy voulait avoir autour de lui des gens qui posaient des questions, exprimaient des critiques ». Une lecture que je recommande fortement.

Bertrand PERIER - La parole est un sport de combat

Bertrand PERIER. La parole est un sport de combat. Jean-Claude Lattès.

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Bertrand PERIER. La parole est un sport de combat. Jean-Claude Lattès. 220 pages.
Je n’aurais pas lu ce livre si je ne l’avais pas découvert, abandonné ou perdu. L’auteur enseigne l’art oratoire à Sciences-Po et il est connu pour organiser le programme Eloquentia qui désigne les meilleurs acteurs. Je conseille les vidéos sur YouTube. Le livre est une incitation à développer son éloquence. On n’y apprend pas grand-chose et les conseils sont toujours simples : montrer son envie, ne pas lire ses notes, regarder son public, ne pas croiser les jambes, articuler, moduler sa voix et son rythme. Les paragraphes sur la prise de parole en situation de crise sont affligeants, mais l’ensemble est agréable à lire.