Bruno LATOUR - Où atterrir

Bruno LATOUR. Où atterrir ? La Découverte.

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Bruno LATOUR. Où atterrir ? Comment s’orienter en politique ? La Découverte.
Un livre un peu étrange où l’auteur semble s’attaquer aux élites coupables de laisser courir le monde à la catastrophe. « Depuis les années 80, les classes dirigeants ne prétendent plus diriger le monde mais se mettre à l’abri hors du monde ». J’ai apprécié la formule de climato-quiétistes pour désigner le fait qu’on espère que tout va s’arranger sans pour autant modifier nos habitudes. Il suggère de considérer prioritairement un « attracteur terrestre » pouvant gouverner l’ensemble de nos politiques.
De belles formules, mais un ouvrage discutable sur le constat et peu convaincant sur les solutions.

Jean-Pierre BEAUDOIN - Des pouvoirs de l’opinion

Jean-Pierre BEAUDOIN. Des pouvoirs de l’opinion. Manitoba.

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Jean-Pierre BEAUDOIN. Des pouvoirs de l’opinion. Manitoba. 230 pages.
Une belle analyse de l’évolution de nos sociétés sous l’angle de la communication et plus particulièrement des phénomènes d’opinion. L’auteur, qui avait déjà rédigé trois livres sur le sujet estime que les marques sont paradoxalement des remparts contre l’uniformisation du monde « Puisqu’elles ont pour rôle, et pour valeur, de manifester aussi nettement que possible l’unique, l’insubstituable d’une identité sous-jacente » (p. 63).
J’aime beaucoup ce constat : « On tiendra moins rigueur à un dirigeant d’une décision un peu médiocre prise à l’issue d’un processus jugé bon que d’une décision peut-être excellente mais prise en l’absence de processus reconnu comme adéquat du point de vue du fonctionnement souhaité de la société » (p. 177). Un ouvrage très complet et parfaitement documenté.

Pascal LAMY et Nicole GNESOTTO - Où va le monde

Pascal LAMY et Nicole GNESOTTO. Où va le monde ? Odile Jacob.

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Pascal LAMY et Nicole GNESOTTO. Où va le monde ? Odile Jacob. 236 pages.
Un bel ouvrage de réflexion sur l’évolution du monde entre l’ancien directeur de l’OMC et un professeur au CNAM. Le livre analyse les évolutions des Etats-Unis, de la Chine, de l’Inde et de la Russie et tente de proposer des solutions pour refonder une histoire européenne. J’y ai appris qu’il y avait eu 65 millions de personnes déplacées dans le monde en 2015, soit plus de 50 % par rapport à 2011 et que le « chiffre d’affaires » du trafic d’êtres humains s’est envolé de 3 à 6 milliards d’Euros entre 2013 et 2015, soit un chiffre comparable au trafic de drogue.
Les auteurs font remarquer que ce qui est mis en avant dans la rencontre des chefs d’Etat ce sont des contrats commerciaux et non des valeurs ou des références culturelles. Pour eux, notre mot d’ordre devrait être « des européens unis pour civiliser la mondialisation ».

Danilo MARTUCCELLI - La condition sociale moderne

Danilo MARTUCCELLI. La condition sociale moderne.

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Danilo MARTUCCELLI. La condition sociale moderne: L’avenir d’une inquiétude
Un petit livre de philosophie sur la transparence. L’auteur déclare d’emblée qu’aucun autre mot d’ordre ne domine autant le discours public. Selon lui, la transparence « neutralise tout dans une distance uniforme ». En politique, elle fait de la sphère publique un espace d’exposition et laisse place à la publicisation de la personne. Byung-Chul Han, professeur de philosophie à Berlin, met en garde contre le sentiment de liberté sur les réseaux sociaux : « Alors que les détenus du panoptique de Bentham sont conscients de la présence permanente du surveillant, les habitants du portique digital se croient eux en liberté » (p. 85). La demande de transparence est proportionnelle à l’absence de confiance : « Si je sais tout par avance, je peux me passer de confiance ». Le livre est parfois ardu et unilatéralement critique, trop systématiquement à mon goût.

Byung-Chul HAN - La société de transparence

Byung-Chul HAN. La société de transparence.

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Byung-Chul HAN. La société de transparence.
Un petit livre de philosophie sur la transparence. L’auteur déclare d’emblée qu’aucun autre mot d’ordre ne domine autant le discours public. Selon lui, la transparence « neutralise tout dans une distance uniforme ». En politique, elle fait de la sphère publique un espace d’exposition et laisse place à la publicisation de la personne. Byung-Chul Han, professeur de philosophie à Berlin, met en garde contre le sentiment de liberté sur les réseaux sociaux : « Alors que les détenus du panoptique de Bentham sont conscients de la présence permanente du surveillant, les habitants du portique digital se croient eux en liberté » (p. 85). La demande de transparence est proportionnelle à l’absence de confiance : « Si je sais tout par avance, je peux me passer de confiance ». Le livre est parfois ardu et unilatéralement critique, trop systématiquement à mon goût.

Finn FRANDSEN - Organizational Crisis Communication

Finn FRANDSEN et Winni JOHANSEN. Organizational Crisis Communication. Sage.

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Finn FRANDSEN et Winni JOHANSEN. Organizational Crisis Communication, A Multivocal Approach. Sage. 258 pages.
Les deux auteurs sont professeurs en communication des organisations à l’université d’Aarhus au Danemark. Leur ouvrage est une synthèse des connaissances en communication de crise. Après avoir rappelé les principales théories en communication de crise, celles qui se basent sur le texte (les messages) et sur le contexte (la situation), les auteurs présentent leur théorie qu’ils nomment l’Arène rhétorique. Basée sur une approche multivocale, celle-ci vise à dépasser la représentation de la communication de crise comme la simple diffusion d’informations de l’organisation en crise à ses publics et notamment aux médias, au profit d’une approche plus ouverte, plus complète et plus dynamique prenant en compte l’ensemble des conversations survenant à l’occasion d’une crise. Cette théorie part du constat qu’en crise chacun peut se mettre à communiquer et ceci dans des directions différentes. Le livre est superbement documenté, toujours très précis et compréhensible. Une référence.

Comité invisible - La Fabrique Editions

Comité invisible. La Fabrique Editions.

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Comité invisible. Maintenant. La Fabrique Editions. 158 pages.
Un livre avec une vraie énergie pour réclamer la révolution et sans enlever la violence nécessaire à celle-ci. Le texte est une incitation à l’émeute, capable de produire « des liens vivants et irrévocables », il est une critique contre une société où les réseaux sociaux donnent le sentiment d’avoir de plus en plus d’amis alors que chacun est de plus en plus autiste. Selon l’auteur (ou les auteurs), il ne s’agit pas de faire de la politique autrement, mais de faire autre chose que de la politique. Il s’étonne que l’on continue à avoir confiance envers l’Etat et les institutions, alors que l’on n’a plus confiance envers les politiques, sans voir que les deux sont liés. J’ai beaucoup aimé ce passage : « Avant Airbnb, une chambre inoccupée à la maison était une chambre d’ami, c’est désormais un manque à gagner. Avant Blablacar, un trajet seul dans sa voiture était une occasion de rêvasser, c’est désormais une occasion de faire un peu de fric passée à la trappe. » (p. 93).

Michel ONFRAY - Décadence

Michel ONFRAY. Décadence. Flammarion.

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Michel ONFRAY. Décadence. Flammarion. 652 pages.
Deuxième tome de sa trilogie (pour la critique du premier, Cosmos, voir la critique de mes livres 2016), le livre est un fantastique voyage dans l’histoire. C’est souvent décapant et toujours plein d’érudition. Le livre démarre avec la naissance (supposée) du Christ, la christianisation du monde après 380 et l’édit de Thessalonique, la naissance de l’Islam après la naissance de Mahomet en 570. Michel Onfray met l’accent sur la violence des religions jusque dans les textes « Amenez ici mes ennemis qui n’ont pas voulu que je régnasse sur eux, et égorgez-les en ma présence » (Luc 19-27). Les périodes noires des procès sont détaillées et notamment dans les procès faits à des animaux (une truie a été pendue en 1386 dans le Calvados). Il est surtout question de tortures, de massacres avec les 30.000 victimes de la Saint-Barthélemy, de guerres (11.900 morts français en une journée à la bataille de Rossignol le 22 août 1914). La vision de l’avenir est peu réjouissante : « Une poignée de post humains survivra au prix d’un esclavage inédit de masses élevées comme du bétail » (p. 586), et la dernière phrase du livre est claire « Le néant est toujours certain ».

Jean-Claude MICHEA - Notre ennemi le capital

Jean-Claude MICHEA. Notre ennemi, le capital. Climats.

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Jean-Claude MICHEA. Notre ennemi, le capital. Climats. 314 pages.
L’ouvrage est intéressant d’abord dans sa forme, car son fondement est la reproduction d’un entretien de 70 pages sur lequel l’auteur greffe des « scolies », c’est-à-dire des commentaires de ce texte, une quinzaine, et chacun d’entre eux renvoie à des notes explicatives parfois plus longues que les commentaires. Cela donne un ouvrage un peu hybride, un peu à la manière des poupées russes. Le livre est une critique de la quête du profit et du fait que 62 personnes soient aussi riches que la moitié la plus pauvre de l’humanité. Il explique l’explosion moderne de la communication par l’érosion continue du lien social, il s’interroge sur ce qui resterait de l’esprit frondeur en France sans l’existence des cafés de quartier, il critique la pensée de gauche d’avoir été trop anti étatique à l’exemple de Foucault, ce qui laissa le champ libre au libéralisme.

Luc BERAUD - Au travail avec Eustache

Luc BERAUD. Au travail avec Eustache. Actes Sud.

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Luc BERAUD. Au travail avec Eustache. Actes Sud. 266 pages.
L’auteur était premier assistant sur les films de Jean Eustache, l’auteur du film « La Maman et la putain » en 1973 avec Bernadette Lafont et Jean-Pierre Léaud. Ce film, un de ceux qui m’ont le plus marqué, est décrit ici dans son making of et ce témoignage est extraordinaire. Eustache se suicidera en novembre 1981, après d’autres films mais un seul chef d’œuvre. Porté sur l’alcool, il avait fait figurer au générique de son film « Mes petites amoureuses » comme conseiller technique : Mr. Jack Daniel.