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A l’origine de la publicité moderne

Les réseaux sociaux révolutionnent la communication, laissez moi rire

J’ai toujours aimé me promener dans les grandes bibliothèques et me perdre dans les vieux rayonnages. De ce point de vue, les bibliothèques de l’Université catholique de Louvain sont assez extraordinaires avec leurs fonds de vieux livres totalement introuvables ailleurs.

C’est ainsi qu’à mon dernier passage, j’ai emprunté les mémoires de Marcel Bleustein-Blanchet, Mémoires d’un lion. Bonne pioche. Cet ouvrage, rédigé à 81 ans, retrace la vie du fondateur de Publicis et l’émergence de la publicité en France au travers de l’agence créée dans un modeste deux-pièces cuisine à Paris en 1927. J’ai ainsi appris que :

  • Le sujet de la régulation publicitaire ne date pas d’hier. Dès la création de son agence, l’auteur note « Il va falloir se battre pour nettoyer cette profession. Elle n’a pas de règles. Elle n’a pas de structures, aucun organisme pour veiller au respect de la déontologie. »
  • L’argument économique est également ancien. La publicité « crée la richesse dont elle a elle-même besoin pour se développer. »
  • L’auteur est à l’origine de la création, en 1934, de la Fédération de la publicité « condition nécessaire sinon suffisante d’une prise de conscience interprofessionnelle débouchant sur une déontologie. » Cela fait donc, en 2014, 80 ans qu’existe l’union professionnelle de la publicité. (L’AACC prépare-t-elle une commémoration ?)

 La radio, un nouvel outil qui va révolutionner la communication, il permet l’instantanéité. 

  • Le lancement de la radio a fait l’effet d’une révolution. Après avoir créé Radio Cité en 1935, Marcel Bleustein-Blanchet écrit « Désormais, les nouvelles vont si vite, grâce à la radio, que les hiérarchies s’annulent et nous entrons dans un monde où le public, c’est-à-dire le peuple, sera informé en même temps que les puissants » (p. 80). Intéressant de relire cela, car on retrouve le même argument actuellement pour les réseaux sociaux !
  • Sa définition de relations publiques : technique « qui vise à créer autour de la marque ou de l’entreprise un climat favorable, en nouant avec les consommateurs des contacts placés sous le signe de la sympathie » (p. 162).
  • Il a réalisé le premier sondage d’opinion politique, pour Mendès-France en 1954, lancé les premiers publi-reportages en 1957 et cette même année, participé avec Charles-Pierre Guillebeau à la création de ce qui deviendra le CELSA en 1965.
  • A l’époque (1968) où les dirigeants d’entreprise étaient moins connus, il a organisé une table ronde des actionnaires de Saint-Gobain à laquelle son patron « assistait incognito, son identité n’étant révélée qu’à la fin ». C’est pour Saint-Gobain qu’il a organisé ce qui apparaît comme la première grande communication financière de crise, au moment de l’OPA de BSN, et les premières journées portes-ouvertes.
  • J’y ai aussi retrouvé la métaphore de l’orchestre : la communication d’entreprise, c’est comme un orchestre où tous les instruments tiennent leur place et doivent intervenir au bon moment.
  • J’ai été étonné aussi de constater que tous les grands budgets qu’il a pu obtenir résultaient de contacts personnels, la plupart du temps suite à un dîner avec un grand dirigeant. Le temps des appels d’offres transparents et équilibrés n’était pas encore en place.

Ce livre passionnant relate également le parcours de l’individu dans son époque, son rôle dans la résistance, dans le retour du Général de Gaulle au pouvoir en 1958 et plein de petites anecdotes.

Il est toujours bon de se plonger dans ce type d’ouvrages pour prendre un peu de recul sur les évolutions actuelles de la communication.