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Notre Dame des Landes, et maintenant?

Le référendum sur le projet d’aéroport s’étant soldé par la victoire du oui, les opposants sont maintenant dans une situation délicate. Comment s’opposer au résultat d’une consultation à laquelle on a participé? Mais la lutte ne semble pas terminée pour autant. En 2014, le leader de l’opposition m’avait accordé une interview que je reproduis ci dessous. 

Julien DURAND, porte-parole de l’ACIPA, association citoyenne Intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

 

Après plus de 30 ans de lutte, que manque-t-il désormais pour faire annuler le projet d’aéroport ?

Nous sommes dans une situation d’attente. Vu l’ampleur des procédures, il est probable que le déterminant vienne d’un accroc juridique. Nous avons posé beaucoup de recours au nom de la loi sur l’eau, sur les paysages, sur les expropriations, au niveau du droit européen. Si nous l’emportons au plan juridique, cela offre aux pouvoirs publics une porte de sortie honorable.

 

nddlJustement, cette longueur du conflit, cela joue en votre faveur ?

Oui, car ce statu quo occasionne aux entreprises des frais d’immobilisation prévus pour la construction et les place en situation d’incertitude. Mais il ne faut pas dissimuler que le combat est parfois d’une extrême dureté, d’autant qu’une frange très radicale d’opposants est apparue sur le site et cela peut démotiver nos soutiens locaux. Le premier décret pour cet aéroport date de 1973, une lutte aussi est parfois fatigante.

 

Comment avez-vous organisé l’opposition ?

Cela s’est passé par étapes et d’une opposition purement paysanne, nous sommes passés à une opposition citoyenne. Nous ne voulions pas apparaître comme des défenseurs de nos intérêts particuliers, c’est pour cette raison que nous avons axé le débat sur la question du type de société que nous voulons. Aujourd’hui, nous fédérons 55 associations à nos côtés et trois piliers ont été définis pour notre combat : la résistance citoyenne, l’action juridique et les relais politiques.

 

Parmi l’ensemble de vos actions, qu’est-ce qui a été le plus efficace ?

L’information des citoyens, c’est la base. Sinon, ils ne reçoivent qu’une information biaisée des pouvoirs publics. Cette contre-information, nous la réalisons sous forme de réunions publiques ou d’envoi d’informations. Nous éditons un bulletin sous format papier que nous envoyons tous les trois mois à nos 4.000 adhérents et nous éditons en fonction de l’actualité une newsletter que nous envoyons à 6.000 abonnés.

 

Quels sont les arguments essentiels que vous mettez en avant ?

Nos messages suivent l’évolution de notre société. Au départ, notre argumentation était très axée sur le gaspillage des terres agricoles, puis nous avons mis l’accent sur les problèmes énergétiques. Actuellement nous communiquons beaucoup sur les problèmes climatiques et les conséquences en termes d’augmentation des émissions des gaz à effet de serre qui seraient engendrées par la construction de l’aéroport.

 

couvertureVous avez des moments particuliers pour conduire des actions ?

Oui, les périodes électorales puisque les élus sont beaucoup plus attentifs à nos arguments. Si nous avons organisé la grande manifestation du 22 février 2014 qui a réuni entre 50 et 60.000 personnes, c’était clairement lié aux élections municipales du mois suivant. Sinon, nous agissons également en fonction des événements sur la zone couverte par la Déclaration d’Utilité Publique.

 

Quelles sont vos relations avec la presse ?

Au début, ce n’était pas facile de les intéresser à notre combat. C’est plus facile au plan local, un peu plus long régionalement et beaucoup plus long au plan national. Nous essayons au maximum d’en faire des partenaires de notre lutte, mais, surtout au plan national, on a parfois le sentiment qu’il faut leur donner du sensationnel pour les intéresser.

 

Vous avez fait des média training, élaboré des argumentaires ?

Non, mais à chaque fois que je suis interviewé, mes proches me font leurs remarques et progressivement on se corrige.

 

Vous vous êtes renseigné sur d’autres combats pour en tirer des leçons ?

Oui, mais cela n’était pas organisé. J’ai eu beaucoup de conseils d’anciens du Larzac. Mais chaque cas est particulier. Nous pouvons nous en inspirer, mais pas les plaquer, le contexte n’est pas le même et l’époque a évolué. Ce qui apparaît prédominant, c’est qu’il faut un enracinement local très fort. Le socle de la résistance est sur la zone et si les locaux s’en désintéressent ou se démotivent, ce sera beaucoup plus difficile.

 

Quels conseils donneriez-vous à des personnes en lutte contre des projets d’implantation ?

D’abord comprendre le projet car nous avons en face de nous des énarques et des polytechniciens. Pour faire de la contre-information crédible, nous devons bien connaître le dossier.

Ensuite, éviter de se faire caricaturer en défenseurs de nos propres intérêts particuliers, et donc être capables d’élargir le débat en portant un projet de société.

Enfin, mobiliser toutes les composantes de la société civile pour relayer nos arguments.

 

Une étude majeure sur l’obsolescence programmée

Le Comité Economique et Social Européen publie aujourd’hui une étude relative à l’impact de l’affichage de la durée de vie des produits sur le comportement des consommateurs. Cette étude avait fait l’objet d’un appel d’offres européen au printemps 2015, elle faisait suite à l’avis votée en séance plénière le 17 octobre 2013. J’avais été à l’initiative et le rapporteur au Comité sur ce sujet de l’obsolescence programmée. L’appel d’offres dont j’avais ensuite rédigé le cahier des charges a été remporté par le cabinet Sircome qui a travaillé avec deux centres de recherches en France et en République Tchèque. Près de 3.000 consommateurs ont participé à l’enquête qui s’est déroulée sur quatre zones géographique différentes : France, Espagne, République Tchèque et Benelux.

2014_10_17_planned-obsolescence_0146-extra_largeL’enquête a consisté à tester l’effet de l’information sur la durée de vie des produits pour évaluer l’impact sur le comportement d’achat du consommateur. Neuf catégories de produits et ont été testées, ainsi que quatre modalités différentes de type d’affichage. Cette enquête a été réalisée en ligne comme pour un site d’e-commerce. Les participants pouvaient à chaque fois choisir entre dix modèles différents pour chaque catégorie de produits.

L’étude permet de montrer que l’affichage de la durée de vie du produit exerce une influence réelle sur le comportement du consommateur et que celui-ci privilégie les produits durables. En moyenne, les ventes d’un produit sur lequel on affiche une durée de vie supérieure aux autres produits augmentent de près de 14 %. L’étude montre que cet effet n’est pas égal selon les catégories de produits, il est particulièrement fort pour les valises ou les imprimantes et il est inexistant pour les téléviseurs.

14_424-a1-extra_largeAlors que la loi sur la transition énergétique du 18 avril 2015 renvoyait l’information sur la durée de vie de très vagues expérimentations « pouvant être lancées sur la base du volontariat » (art. 70) et que la Commission européenne prévoit seulement une « évaluation de la possibilité d’un programme d’essai indépendant sur l’obsolescence programmée » en 2018 (Annexe de la Communication de la commission. Boucler la boucle. Un plan d’action de l’Union Européenne en faveur de l’économie circulaire), on peut s’interroger sur l’attentisme politique et institutionnel sur une disposition pourtant simple qui lutte contre l’obsolescence programmée en replaçant le consommateur an centre des choix possibles.

Le communiqué de presse et le lien vers l’Etude est accessible ici: Information Presse sur l’Etude

Une présentation du sujet et des principaux résultats de l’étude sera effectuée le 4 avril lors d’une journée spéciale Modes de Vie Durables au Conseil Economique, Social et Environnemental le 4 avril prochain au Palais d’Iena: Programme MOVIDA

Bonne année 2016

Comme chaque année depuis la digitalisation des cartes de vœux et peut-être inconsciemment pour compenser le caractère devenu plus anonyme des messages de nouvel an, je m’efforce de saisir cette opportunité pour tâcher de partager mes découvertes de l’année écoulée.

Mes découvertes 2014 étaient sur ma page de l’an dernier, le lien est iciBonne année 2015, les découvertes.

1. Lectures
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J’ai beaucoup apprécié le livre de Guy Birembaum, « Vous m’avez manqué », que j’ai trouvé pudique, courageux et extraordinairement éclairant sur les dérives de la digitalisation des relations humaines.

J’ai adoré le livre de Richard Combalot sur Philip K. Dick, le plus génial auteur de science-fiction selon moi. Cet ouvrage ouvre de multiples angles d’approche de l’œuvre de cet écrivain.

Le livre Cosmos de Michel Onfray m’a également beaucoup plu par l’immensité des champs de connaissance et pistes de réflexion qui sont ouverts.

L’ensemble de mes commentaires de livres parus en 2015 est disponible ici Découvertes livres 2015

 

2. Voyages

Ma grande révélation aura été la découverte de l’Alsace. J’ai beaucoup aimé les villes de Kaysensberg, Riquewihr (photo ci contre, bien que trop touristique) et le château du Haut-Koenigsbourg. La remontée du Rhin vers Coblence en passant par le rocher de la Lorelei et les villes de Speyer ou de Trêves étaient également enthousiasmants.

Ma destination la plus lointaine aura été Riga qui m’a surpris par la beauté de ses places et monuments.

3. Expositions

Sans conteste « Joie de vivre » au musée des Beaux-Arts de Lille. L’exposition n’est pas très grande, mais elle est remarquable dans sa présentation. L’occasion de s’apercevoir que ce qui nous rend heureux ne varie pas selon les cultures et les époques. En dehors du contenu-même, j’ai beaucoup aimé le musée Picasso et la Fondation Vuitton.

4. Musique

Seulement deux concerts cette année, Orange Blossom, superbe avec cette alchimie réussie du rock et de l’Orient et Lisa Ekdahl à l’Olympia, une bonne soirée, sans plus. Et pas de nouvelle découverte.

 



5. Cinéma

Mon film de l’année aura été la découverte d’un vieux film tchèque de 1966, « Qui veut tuer Jessie ? », un film totalement jubilatoire. Sinon, dans les films de l’année, mes deux préférés auront été « Love and Mercy » sur la vraie histoire de Brian Wilson et le film suédois « Un pigeon perché sur une branche ».

6. Théâtre

J’avoue avoir été réticent à y aller en raison de sa forte médiatisation, mais j’ai été bluffé par le spectacle de Messmer au Grand Rex. C’est aussi un spectacle déroutant sur les pouvoirs de l’hypnose auxquels je crois désormais fortement.

7. Bande dessinée

Pas de coup de cœur cette année, mais j’ai bien aimé la lecture de l’adaptation du Goncourt 2013 de Pierre Lemaître, Au revoir là-haut. J’ai bien apprécié Ma vie est un best-seller, basé sur les souvenirs de Corinne Maier qui s’était fait licencier d’EDF après avoir publié le livre Bonjour Paresse, les dessins d’Aurélia Aurita correspondent parfaitement à cette histoire. Dans un autre genre, j’ai beaucoup aimé le dernier Astérix Le papyrus de César, où la communication est en première ligne.

 

 

8. Mon acte politique

J’ai été très heureux d’avoir été renouvelé au Comité Economique et Social Européen pour un nouveau mandat de 5 ans. Je le suis d’autant plus que j’avais été évincé de la liste originelle des nominations par Ségolène Royal qui voulait placer son bras droit du Poitou-Charentes à ma place. Un beau combat contre le copinage en politique, gagné in extremis et l‘occasion pour moi de m’apercevoir que j’ai la chance d’avoir de bons amis prêts à monter au créneau.

9. Mon coup de gueule

J’ai de plus en plus de mal avec les expositions à Paris. Les files d’attente sont de plus en plus longues et au sein du musée il faut toujours patienter longtemps pour admirer une œuvre cachée derrière des têtes agglutinées. Certes cela traduit une démocratisation culturelle dont on ne peut que se féliciter, mais voir ces groupes principalement préoccupés par le nom de l’artiste et par la prise de photo des œuvres sur un smartphone m’énerve considérablement. Je pense qu’on pourrait davantage flâner dans les expositions si les réseaux sociaux n’existaient pas, car mon impression est que de plus en plus de gens se rendent dans les musées pour partager sur les réseaux sociaux le fait qu’ils ont été voir une exposition. Le narcissisme digital a rencontré le marketing culturel et c’est bien dommage.

10. Mon coup de cœur de l’année

J’avoue m’être beaucoup méfié de la récupération de la COP 21 par des personnalités ou associations et pensé que beaucoup se servaient de la COP 21 comme d’un alibi pour se mettre en valeur. J’ai eu tort, il y a une incroyable mobilisation collective lors de cet événement et celle-ci a vraisemblablement pesé sur le texte final et aussi sur la prise de conscience des citoyens. Si certains pouvaient en douter, la communication environnementale et la sensibilisation aux problématiques du dérèglement climatique, c’est bien utile. C’est un super boulot qui a été réalisé et je suis fier de connaître un grand nombre de personnes qui y ont fortement contribué.

 

BONNE ANNEE 2016

 

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Gestion de crise: l’affaire du radeau de la Méduse

La gestion des crises dans l’histoire

Le radeau de La Méduse

 

La_Balsa_de_la_MedusaA l’occasion de la parution de l’ouvrage de l’historien britannique Jonathan Miles sur le naufrage de la Frégate La Méduse, il est intéressant de revenir sur cette histoire tragique. L’auteur ayant eu accès à tous les documents et récits relatifs à ce naufrage, nous pouvons, comme pour un rapport d’une commission d’enquête, extraire les leçons pour toute catastrophe dans une perspective de gestion de crise.

 

Les faits méritent d’être rappelés. En juillet 1816, la frégate française La Méduse s’échoue sur un banc de sable au large du Sénégal. 147 personnes tentent de se sauver en fabriquant un radeau de fortune qui errera sur les flots pendant 12 jours, avant d’être retrouvé avec seulement 15 survivants. Les récits sont atroces, les survivants se sont entretués, les plus faibles ont été jetés à la mer, la survie est due au canibalisme. Cet événément aura une portée considérable, notamment grâce à Géricault qui peignit cette œuvre en s’entourant de débris humains pour mieux s’imprégner de l’ambiance sur le radeau.

 

Theodore-Gericault-Paintings-_anatomic_preparationLa première leçon de ce naufrage peut être faite en relation avec le Titanic. Ici également a pu régner un sentiment d’insubmersibilité puisque l’auteur révéle que « Lorsqu’elle s’apprête à prendre la mer en juillet 1810, La Méduse est un navire dernier cri » (p. 21). Le sentiment d’être infaillible est un classique de la gestion de crise puisqu’il réduit à néant la plus élémentaire prudence.

 

De même, et ici également le parallèle avec de nombreux naufrages peut s’effectuer, le capitaine de la frégate n’avait pas été nommé pour ses compétences, il n’avait d’ailleurs pas navigué depuis un quart de siècle, mais il fut l’objet d’une nomination purement politique. Piètre navigateur, mais voulant faire illusion sur son équipage, il réfuta tous les conseils qui lui furent prodigués à bord sur les moyens d’éviter les bancs de sable. Comme l’observe l’auteur, « C’était à se demander si son arrogance et son aveuglement ne l’emportaient pas sur son incompétence » (p. 36). Le plus délicat était qu’en dehors du capitaine, l’équipe dirigeante était très expérimentée, mais le capitaine ne voulait pas le reconnaître en les écoutant.

 

Troisième élément, la non prise en compte des crises antérieures.

 

Dans la zone de l’échouage, et au cours des 25 années précédentes, il y a eu au moins 30 navires qui s’échouèrent au même endroit. Moins d’une année plus tôt, un navire américain s’y était échoué et tout ceci était connu. Mais, une fois de plus, le sentiment que la crise n’arrive qu’aux autres a prévalu.

 

Au moment où le navire s’échoue, rien n’est encore compromis et selon le récit des survivants, il suffisait de lester le navire, par exemple en jetant les canons à bord, pour alléger la frégate et lui permettre de se dégager. Mais le capitaine refusa sous prétexte qu’on ne jette pas à la mer les canons du roi, mais, comme l’observe Jonathan Miles, « sans comprendre que la frégate, elle aussi, appartient à sa Majesté ». Savoir quoi perdre pour sauvegarder l’essentiel est là aussi un paramètre incontournable.

 

Les vagues devenant plus fortes et la frégate échouée menaçant de se briser, les matelots contruisent un radeau où monteront 147 personnes pendant que le capitaine et quelques membres d’équipage se refugient dans un canot presque vide. Au départ, le radeau était amarré au canot qui contenait l’essentiel des victuailles, puis un marin à bord du canot souleva une hâche et l’abatit sur le cordage, le radeau était abandonné en pleine mer. Seuls 15 survivront sur les 147 et 5 décédèrent dans les mois qui suivront.

 

En 1816, c’est le roi Louis XVIII qui règne et son ministre de la police, Elie Decazes, ne veut pas que cette affaire serve à critiquer la royauté et ses décisions, notamment celle d’avoir nommé un capitaine aussi incompétent. Mais l’affaire sera relancée en 1817 avec la publication du récit de deux survivants « Le naufrage de la frégate La Méduse », qui pointe à charge le commandement du bateau. Mais c’est vraiment la toile de Géricault peinte en 1819 qui relancera l’affaire. Cette toile immense, réalisée en neuf mois dans une intense concentration (son élève devait porter des pantoufles), au milieu de débris humains, et après s’être méticuleusement documenté auprès d’un survivant, immortilisa l’événement, même si les autorités s’évertuèrent à le nommer simplement « Scène de naufrage » pour enlever toute connotation à l’échouage de La Méduse.

 

Dernier enseignement, l’affaire s’inscrit dans un champ de force, elle devient un élément d’une confrontation entre royalistes d’un côté qui s’évertuèrent à étouffer l’affaire, et libéraux et bonapartistes de l’autre. Derrière l’événement, c’est l’autorité politique en place qui est en débat et notamment dans cette affaire où en filigrane se dissimulent la pratique contestable de la traite des Noirs et particulièrement depuis le Sénégal. Géricault mourra peu après, en janvier 1824, à l’âge de 32 ans. Sa tombe est désormais située au Père Lachaise.

 

Le Radeau de la MeduseC’est grâce à lui et aux récits des survivants qui seront lourdement harcelés que le scandale de La Méduse est vraiment apparu. Les procédures de l’Ancien Régime seront critiquées et les ultras disparaitront de la scène politique. Derrière les différentes versions présentées par les récits de ce naufrage, c’est par une image que toute la violence de cette catastrophe marquera durablement les esprits, ce qui, ici également, prouve l’importance majeure de l’image en pétriode de crise.

 

Jonathan Miles. Le radeau de La Méduse, Editions Zeraq. 310 pages. 2015.

 

Un bel article de Philippe Thirion sur le même sujet paru dans la magazine de la communication sensible et de crise : L’art et les crises, l’affaire du radeau

Fin de mandat

 Un beau mandat se termine.

 

Mon mandat de Conseiller au Comité Economique et Social Européen s’achève le 21 septembre. La dernière session session plénière vient de se terminer ce jeudi 17 septembre 2015. J’y avais été nommé en 2010 sur proposition du ministre du développement durable de l’époque, Jean-Louis Borloo. Ma nomination résultait des propositions de réformes institutionnelles que j’avais rédigées en 2007 pour le Pacte Ecologique de Nicolas Hulot, ma participation à la commission « Gouvernance » du Grenelle de l’environnement, puis à celle du Comité opérationnel que dirigeait Bertrand Pancher sur les indicateurs de représentativité du secteur associatif pour leur entrée dans quelques organes consultatifs.

Au moment où le gouvernement français devait transmettre au Conseil Européen la liste des membres de sa délégation au Comité Economique et Social Européen, le cabinet de Jean-Louis Borloo avait jugé intelligent d’intégrer dans la délégation française de 24 membres deux représentants des associations de protection de l’environnement, en l’occurrence moi comme représentant de la Fondation Nicolas Hulot et Georges Cingal pour France Nature Environnement.

Après cinq années, quel bilan peut-on en tirer ?

Commençons par l’essentiel : le Comité Economique et Social Européen (CES Européen), dont j’ignorais, comme beaucoup, l’existence avant d’y être nommé, n’a pas une utilité extraordinaire. Il émet un très grand nombre d’avis, près d’une centaine par an, et ces avis n’ont pour la très grande majorité, qu’un impact limité. Les seuls avis significatifs sont ceux qui s’effectuent à l’initiative même des membres et dont ceux-ci acceptent d’en effectuer directement la promotion et le suivi, ce qui demande beaucoup d’énergie et de temps. La plupart des parlementaires européens à qui nos avis sont destinés (avec la Commission et le Conseil de l’Europe) ignorent notre existence.

Un indice significatif de notre faible poids est que les lobbys, pourtant fort nombreux et organisés à Bruxelles, nous ignorent totalement. En fait, il semble que le CES européen joue un rôle de lobby inversé, les membres servent surtout à propager l’idée européenne dans nos organisations respectives plutôt qu’à influer sur les grandes décisions européennes. Le rôle du CES Européen apparaît essentiellement symbolique comme passerelle entre l’Europe et la société civile organisée. A mon sens il devra fortement se renouveler pour trouver sa place parmi les nouvelles formes de participation du public car le CES Européen est une voix des citoyens qui ne s’exprime ni sous forme technique (Rôle de la Commission) ni via les partis politiques (Rôle du Parlement Européen). L’organisation du CES Européen va devoir se poser. A l’heure des réseaux sociaux et de la création d’une multitude d’organes de dialogue avec les parties prenantes, l’idée d’un organe consultatif européen doit évoluer, et la même question est posée pour le CESE français.

Pour ma part, je retiens quelques belles réussites et surtout le pilotage qui m’avait été confié d’élaborer l’avis relatif à la lutte contre l’obsolescence programmée. Cet avis, premier texte européen sur le sujet, fut voté à la quasi-unanimité des membres du CESE en octobre 2013. Une réussite dont je suis très fier puisqu’à mon sens, c’est le genre de texte qui peut réconcilier les citoyens européens avec leurs institutions.

Humainement, ce fut une expérience formidable. Passer pendant cinq ans en moyenne un jour par semaine et souvent plusieurs jours d’affilée avec des représentants des grandes entreprises, des PME, des organisations syndicales de tout bord, des associations de consommateurs et cela pour les 28 pays de l’Union Européenne, les rencontres furent toujours excellentes et le fait d’apprendre la culture du consensus pour parvenir à faire adopter un texte fut aussi une belle expérience. La majorité des membres sont de fervents partisans de l’idée européenne, et ils font leur travail avec une belle abnégation, rappelons que les membres ne sont pas, au contraire des conseillers au Conseil Economique, social et environnemental français, rémunérés pour le travail effectué, et celui-ci peut être considérable.

 

Pour la suite, attendons encore un jour ou deux…..

Les lignes bougent sur l’obsolescence programmée

Alors que le phénomène était connu depuis les années 30, ce n’est que depuis le début des années 2010 que l’obsolescence programmée a émergé sur la sphère publique. Après le vote le 17 octobre 2013, de l’avis du Comité Economique et Social Européen, premier texte européen sur le sujet et pour lequel j’avais eu la chance d’être désigné rapporteur, force est de constater que le combat a bien progressé.

 La situation en France

En France, après la proposition de loi déposée en mars 2013 par le sénateur EELV Jean-Vincent Placé, le vote de la loi Hamon le 18 mars 2014, le nouveau dépôt d’une proposition de loi cette fois à l’Assemblée Nationale le 22 octobre 2014, c’est le vote le 22 juillet 2015, de la loi sur la transition énergétique qui statue sur le sujet. Ce texte fournit une définition : « L’obsolescence programmée se définit par l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement » et prévoit des sanctions lourdes de deux ans d’emprisonnement et de 300.000 € d’amende. La loi prévoit également que « les expérimentations peuvent être lancées sur la base du volontariat, sur l’affichage de la durée de vie des produits. »

En dehors de l’espace politique, le Laboratoire National d’Essais, après une étude publiée en 2014, va s’engager à l’automne sur l’expérimentation d’un label portant sur deux secteurs d’activité.

L’Agence Française de Normalisation (AFNOR) réfléchit quant à elle à la faisabilité d’une norme pouvant s’inscrire dans le cadre plus large d’une normalisation relative à l’économie circulaire. Le fonds de dotation de la normalisation a débloqué ce premier semestre un budget permettant de mieux connaître le changement éventuel de comportement du consommateur face à l’affichage de la durée de vie des produits.

Le Conseil National de la Consommation a publié le 12 mai 2015 un avis sur la durabilité des produits visant à renforcer l’information du consommateur et à agir en faveur de la réparabilité des produits.

Une nouvelle association, Halte à l’obsolescence programmée, présidée par Laetitia Vasseur, ancienne collaboratrice parlementaire de Jean-Vincent Placé, va être lancée à la suite de la reconnaissance du délit d’obsolescence programmé par la loi. Le site web halteobsolescence.org sera mis en ligne le 20 août pour fédérer les initiatives sur le sujet.

Le think tank, la Fabrique Ecologique, lance un groupe de travail que j’aurai le plaisir de présider. La première réunion se déroulera le 14 septembre 2015 et le rapport final est attendu pour le printemps 2016.

 

 

 

La situation en Europe

Au plan européen, le Comité Economique et Social Européen, dont le mandat de cinq ans se termine le 21 septembre, organise un grand événement de fin de mandat à Bruxelles, le 7 septembre, où le sujet sera mis à l’honneur. Dans sa feuille de route, le nouvel Etat président de l’Union Européenne, le Luxembourg, a inscrit la lutte contre l’obsolescence programmée dans ses objectifs, et le CESE européen a renouvelé son appel à une action sur le sujet pour la feuille de route européenne de 2016. Ce même Comité Economique et Social Européen a débloqué en juin 2015 un budget de 25.000 Euros pour permettre des études sur le sujet. Les résultats de celles-ci seront publiés en décembre 2015.

Côté Parlement Européen, le député EELV Pascal Durand a déposé une demande de résolution au Parlement Européen devant déboucher en fin d’année après la présentation d’un rapport final attendu pour fin novembre. Une conférence sur le thème s’y déroulera le 21 octobre afin de recueillir des contributions en amont du rapport d’initiative. De son côté, le Bureau Européen de l’environnement organise une journée sur le sujet le 30 septembre prochain. La Commission Européenne semble, elle, un peu en retard.

Tout ceci indique que le sujet de la consommation durable est désormais solidement installé. On peut regretter en France que l’aboutissement dans le texte de loi soit nettement en-dessous des espoirs, mais il faut reconnaître que la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, a réussi à faire reconnaître législativement la lutte contre l’obsolescence programmée là où le précédent ministre de la consommation, Benoît Hamon, avait reculé.

Communication de combat, le point de vue d’un spécialiste

Lors de l’écriture de mon dernier ouvrage « les nouvelles luttes sociales et environnementales », j’ai eu la chance de pouvoir rencontrer José Bové. En matière de communication au service des luttes citoyennes, son témoignage était précieux. Une réelle vision stratégique des enjeux de la communication de combat par une personnalité qui a vécu les conflits les plus emblématiques. Et en plus, une belle rencontre avec un personnage qui m’impressionnait un peu et que j’ai trouvé super accessible, humble et avec de l’humour. 

Voici son témoignage publié avec 7 autres dans mon ouvrage.

   1) Vous avez été l’un des acteurs majeurs de la lutte pour le Larzac, avec le recul, comment s’est organisée l’opposition ?

Le mouvement a toujours été soudé. Dès l’origine, « le serment des 103 », du nom des 103 familles sur le site qui s’engageaient à ne jamais vendre leur terre, s’est mis en position d’être toujours en force d’initiative. Nous organisions des réunions mensuelles pour faire le point et envisager de nouvelles actions. Ce groupe des 103 a constitué son bureau et organisé des relations étroites avec les différents comités de soutien qui se sont formalisés en 1975 et notamment la nomination d’un permanent par comité.

2) De quels outils disposiez-vous ? Nous en avions très peu. Assez rapidement, nous avons compris la nécessité de disposer de notre propre journal. Nous tournions aussi de nombreux films en super 8. Mais, il faut aussi se replacer dans le contexte de l’époque, seules deux familles disposaient d’un téléphone et nous n’avions pas tous accès à l’électricité.

3) Vos actions prenaient surtout la forme de créations d’événements pour rendre davantage visible votre combat ?

Oui, car les médias n’évoquaient pas ou très peu notre combat, seuls Le Canard Enchaîné et Charlie Hebdo nous étaient favorables. Des opérations comme les grands événements populaires en 1973, 1974 et 1977 sur le plateau du Larzac, la montée des tracteurs ou la grande marche sur Paris en 1978 eurent un important retentissement. Les photos des moutons du Larzac en train de brouter l’herbe du Champ de Mars avaient eu une portée symbolique très forte.

4) S’il y avait un point décisif à retenir des déterminants de la victoire ?

Pour gagner un combat local, il faut porter le débat au plan national. En représentant un enjeu de société, le combat cesse d’être une simple opposition locale pour devenir un enjeu social et politique.

5) Comment faire pour que des actions d’opposition illégales apparaissent légitimes ?

Je distingue trois paramètres. D’abord le nombre. Au Larzac, si un militant renvoyait un livret militaire, il prenait un risque important. Si l’ensemble de nos sympathisants renvoyait leur livret, c’est l’Etat qui risquait. Ensuite, la pleine conscience des enjeux, je veux dire qu’en effectuant un acte illégal, le plus important n’est pas l’acte en soi, c’est la répression qui est attendue. L’événement n’est pas forcément très médiatisé, c’est la répression qui l’est. L’acte peut être illégal, mais il doit toujours être non violent. Enfin, il est nécessaire d’être toujours en posture d’initiative. Lorsque nous avons effectué des opérations de fauchage de maïs transgénique, nous l’avons toujours fait en plein jour, nous n’étions pas masqués et nous remettions aux autorités la liste de l’ensemble des faucheurs ayant participé à l’opération.

6) Le démontage du Mc Donald’s s’inscrit dans cet esprit ?

Oui, avec en plus, le choix du lieu. Pour mettre en avant les effets négatifs de la mondialisation sur notre alimentation, il aurait été peu efficace de démonter un Mc Do sur les Champs Elysées. Le choix de s’attaquer à celui de Millau permettait de renvoyer à la symbolique des combats antérieurs et aussi de profiter de l’actualité puisque l’opération était aussi destinée à protester contre les obstacles à l’exportation de fromage de Roquefort aux Etats-Unis, et que la région de Millau se prêtait mieux à une mise en balance symbolique des valeurs profondes de notre alimentation.

7) Qu’est-ce qui a été modifié entre des combats comme le Larzac ou Plogoff et des mouvements d’opposition contemporains ?

Les mouvements actuels apparaissent plus difficiles à maîtriser avec la présence sur les lieux de lutte d’éléments extérieurs, ceux qu’on appelle des Zadistes (zone à défendre). Plus individualistes, faiblement organisées, plus violentes, ces personnes rendent plus difficilement maîtrisables les luttes locales, même si parfois, avec le temps, comme à Notre-Dame-des-Landes, un dialogue peut se mettre en place.

8) Vous n’évoquez pas les réseaux sociaux ?

Non, car ceux-ci sont juste un outil supplémentaire, ils ne modifient pas fondamentalement la lutte d’opposition. Le réseau social ne prend sa force que s’il s’intègre dans une vision stratégique plus globale.

9) Quels sont les conseils que vous pourriez donner dans un combat citoyen ?

En premier lieu, il faut trouver l’argument ou le symbole le plus percutant. Celui-ci doit être le plus proche possible des préoccupations individuelles. Pour le Larzac, notre slogan était « le blé fait vivre, les armes font mourir ». Pour le combat contre le gaz de schiste, le thème de la qualité de l’eau devrait être prioritaire. Ensuite, il est indispensable de bien connaître l’ensemble des enjeux du sujet et puis de mobiliser autour de lui en élargissant les angles d’attaque. Enfin, il faut être capable de mener en même temps la bataille de l’opposition sur le terrain local ou national, et en même temps la bataille du droit.

L’ouvrage est présenté sur ce site, rubrique « livres »: Cliquer sur le lien suivant: Les nouvelles luttes

Premier bilan de mon mandat au CESE

Mon mandat au Comité Economique et Social Européen se termine bientôt. J’avais été désigné par le Conseil européen sur proposition du 1er ministre. Ce mandat se termine en septembre mais dans les faits, il n’y a pas de séance l’été en dehors d’une session plénière en juillet. Et déjà, nous nous engageons beaucoup moins sur de nouveaux travaux.

Je considère que, bien qu’à un niveau assez modeste, j’étais titulaire d’un mandat public, et meme si ce mandat ne donne aucune remuneration, il est important de pouvoir render compte.

Je présente ci-dessous un bilan à quatre mois de la fin de mon mandat. Le détail de ces activités est en ligne sur le site web du Comité Economique et Social Européen :

La délégation française compte vingt-quatre membres, répartis en trois groupes. Huit représentent les entreprises, huit les organisations syndicales et huit la société civile. Sur ces huit, il y a deux ONG environnementales représentées : France Nature Environnement et la Fondation Nicolas Hulot, c’est au nom de celle-ci que j’avais été nommé.

    

Membre des sections et structures suivantes

  • Sections Nat. – Environnement, Agriculture
  • Section TEN – Transport, Energie, société de l’information
  • Groupe Communication
  • Groupe Consommateurs et environnement
  • Observatoire du Développement Durable

 

Présidence

  • NAT/651 – Economie circulaire : recyclage, bâtiments durables
  • TEN/450 – Efficacité énergétique. Changement des comportements. Moyens d’atteindre des résultats (02/02/2011-30/09/2011)

 

Rapporteur

  • CCMI/112 – Durée de vie des produits et information du consommateur (21/11/2012-31/12/2014)
  • TEN/460 – Efficacité énergétique (12/07/2011-30/04/2012)

 

Membre des groupes de travail suivants

  • CCMI/130 – Éradiquer l’amiante de l’UE
  • NAT/652 – Economie circulaire: création d’emploi + plan d’action vert pour les PME
  • NAT/488 – LIFE+ / Examen à mi-parcours (20/10/2010-31/03/2011)
  • NAT/491 – Biodiversité / Stratégie de l’UE 2020 (15/12/2010-08/12/2011)
  • NAT/498 – Une Europe efficace dans l’utilisation des ressources (21/01/2011-23/09/2011)
  • NAT/531 – Evaluation de la Stratégie UE pour le développement durable (07/11/2011-22/06/2012)
  • NAT/533 – Sécurisation de la prospection pétrolière et gazière en mer (21/11/2011-23/02/2012)
  • NAT/547 – Programme pour l´environnement et l´action pour le climat (LIFE) (17/01/2012-24/05/2012)
  • NAT/603 – Accord international 2015 sur le changement climatique (16/04/2013-17/10/2013)
  • NAT/609 – Stratégie de l’UE pour l’adaptation au changement climatique (16/05/2013-17/10/2013)
  • NAT/643 – Lutte contre le trafic d’espèces sauvages (19/02/2014-31/07/2014)
  • TEN/459 – Associer la société civile à la mise en place d´une future communauté européenne de l´énergie (17/06/2011-16/12/2011)
  • TEN/475 – « Paquet/ politique aéroportuaire » (12/12/2011-30/03/2012)
  • TEN/508 – Les effets économiques d’un recours accru aux technologies des énergies renouvelables (13/12/2012-26/04/2013)
  • Towards a European Energy Community (13/12/2011-31/01/2012)
  • Conference « Toward public acceptance of carbon capture and storage? » (20/10/2010-30/11/2010)
  • Conférence sur les nouvelles tendances d’avenir en matière de consommation (29/08/2014-31/12/2014)
  • NAT/REX Conférence sur les objectifs pour le développement durable (26/11/2013-30/04/2014)
  • Projet – Suivi des avis CCMI/112 et INT/686 – Les nouvelles attitudes de consommation (27/02/2014-31/12/2014)
  • La société civile européenne sur la voie de la COP 21 (27/02/2014-03/12/2014)
  • Conférence : Journée européenne du consommateur 2015 (26/01/2015-31/03/2015)
  • INT/766 – Allégations environnementales, sociales et de santé
  • TEN/571 – Le cyberactivisme et les organisations de la société civile.

 

Je me suis plus particulièrement investi sur le sujet de la consommation durable et de la lutte contre l’obsolescence programmée. J’ai notamment été le rapporteur du premier texte européen relatif à ce sujet (vote le 17/10/2013, publication au J.O. de l’U.E. le 6/3/2014). Cet avis fut cité en motivation de la proposition de loi au Sénat (mars 2013) et à l’Assemblée Nationale (octobre 2014). Il fut cité également lors des questions au Parlement Européen (26 mars et 2 octobre 2014). Le bureau européen des Consommateurs lui a consacré son key note speech lors de sa journée européenne du 14 novembre 2014. Sur les fondements de cet avis, un coordinateur européen devrait être prochainement désigné par la Commission Européenne et un projet de résolution est en cours au Parlement Européen.

Bonne année 2015

L’envoi des vœux a subi de plein fouet les conséquences de la digitalisation. Lorsque nous adressions des cartes par la poste, la personnalisation était la norme et c’était aussi le moyen de renouer avec des contacts plus éloignés. Aujourd’hui, les envois se résument souvent en un message court et impersonnel à un carnet de contacts.

De mon côté, j’ai choisi, sur le modèle d’un bon ami de l’université de Louvain, de proposer en guise de vœux mes belles découvertes de l’année afin de suggérer quelque bonnes pistes puisque la plupart restent ouvertes.

Mes découvertes 2014 étaient sur ma page, lien ci après: Découvertes 2014

1. Lectures

Ma lecture littéraire de l’année aura incontestablement été la biographie d’André Gide, même si elle est parue en 2013. Immense bibliographie en deux tomes et 2.500 pages rédigée par Franck Lestringant. Une occasion de découvrir une personnalité exceptionnelle et plus d’un demi-siècle au cœur des lettres, de la société et de la vie politique française. Je me sens toujours peu d’affinités avec l’écrivain et son œuvre, mais ce voyage était vraiment prodigieux.

Les sociétés et l'impossible

Les sociétés et l’impossible

 Côté essai, mon livre de l’année aura été celui de Danilo Martuccelli La société et l’impossible. 2000 ans d’histoire revisités sous une approche sociologique et une hypothèse sur la montée de l’écologie comme nouveau référent des limites de notre monde, après la religion, la politique et l’économie. Clair, passionnant et profondément original.

Côté plus académique, le livre Communicating Corporate Social Responsibility de Ralph Tench est un des meilleurs que j’aurais pu lire sur la communication responsable.

L’ensemble de mes commentaires d’ouvrages (350) lus depuis 2003 est en accès libre sur mon site web. voir lien suivantCritiques de livres 2013 2014

    

    

2. Voyages

Pas de grand voyage cette année comme l’an dernier, mais toujours un plaisir de redécouvrir Lisbonne et Milan. J’ai beaucoup apprécié Marseille où je n’étais plus allé depuis longtemps et où les aménagements autour du Mucem sont remarquables. J’ai découvert trois nouvelles villes : Djerba, Zagreb et son musée des cœurs brisés et surtout Tolède que j’ai beaucoup apprécié.

3. Expositions

passions secretesDepardon au Grand Palais était vraiment extraordinaire, il y a une humanité assez incroyable dans ses photographies. Le musée du Tri Postal à Lille doit être un de mes préférés et toutes les expositions y sont extraordinaires comme « Passions secrètes » cet automne. Sinon, une déception grandissante avec les musées parisiens vraiment trop bourrés de monde lors des expositions.

   

   

   

  

 

4. Musique

Un peu vide cette année, vraiment pas de découverte, m’ayant captivé. Dommage. Je suis preneur de tout conseil.

5. Cinéma

Au niveau cinématographique, c’est l’inverse. Un vrai coup de cœur pour « Léviathan » d’Andreï Zviaguintsev et pour « Le Sel de la terre » le documentaire de Wim Wenders sur Sebastião Salgado. J’ai également énormément apprécié « Alabama Monroe » (le film date de 2013) et le film « Near death Experience », même si, pour ce dernier, avec le recul, je me demande un peu pourquoi. Le film « Computer Chess » est aussi remarquable dans sa construction de faux documentaire sur un tournoi d’échecs entre ordinateurs aux Etats-Unis, au début des années 80 avec la naissance des geeks et des nerds.

6. Théâtre

La danse du diable Sans conteste « La danse du diable » de Philippe Caubère au théâtre de l’Athénée. Du génie théâtral à l’état pur. La pièce date d’une trentaine d’années et je ne l’avais pas vue avant. Une révélation.

Sinon, je reste un habitué du théâtre du Rond-Point et je suis rarement déçu, même en l’absence de pièces exceptionnelles comme cette saison.

   

   

   

  

7. Bande dessinée

Sans conteste là aussi, Building Stories de Chris Ware. Une bédé hors normes constituée d’un carton comprenant quatorze recueils avec chaque fois un format différent. Les histoires sont splendides, le dessin en lignes claires est étonnant de simplicité, la conception des planches est d’une extraordinaire originalité, l’ensemble nous parle de tranches de vie avec humour, acuité, profondeur. Chef d’œuvre.

8. Ma découverte technique

Je me suis retrouvé coincé pendant quatre heures à l’aéroport de Lisbonne en attente de mon avion pour Paris. Alors même que nous étions dans la salle d’embarquement sans aucune information sur le retard possible, c’est par des alertes Google que je recevais les informations généralement 30 à 40 minutes avant qu’on nous informe dans l’aéroport. La scène était assez surréaliste de voir le personnel de la Compagnie incapable de répondre aux demandes, alors que les infos électroniques étaient automatiquement transmises sur nos mobiles.

9. Mon coup de gueule

A Djerba, en début de printemps, j’ai observé le manège des vacanciers allant déposer leurs affaires sur des transats tôt le matin pour être certains d’avoir une place bien orientée près de la piscine après le petit-déjeuner et parfois bien plus tard. Même en vacances, la course pour prendre les meilleures places au détriment des autres est assez désespérante.

Sinon, sans vouloir apparaître trop réactionnaire, je suis toujours aussi effaré par le nombre de personnes s’adonnant à des jeux comme Candy Crush sur leur mobile. D’aussi belles innovations que les smartphones et tablettes utilisées pour s’abrutir, c’est dommage.

10. Ma petite pierre à l’édification d’un monde meilleur

Heureux d’avoir fait don de ma bibliothèque de plus de deux cents ouvrages de communication à l’Université du Burundi. Les étudiants pouvaient difficilement trouver de bonnes références et à l’occasion de ma décision de revenir sur Paris, je considérais que cela pouvait être une belle action. J’encourage tous ceux qui n’ont plus l’utilité de leurs ouvrages à en faire autant, cela fera beaucoup d’étudiants heureux.  Voir lien: Don de livres en communication

BONNE ANNEE 2015

Communiquer sur la RSE, un cran au dessus

Communiquer la RSE : perspectives et pratiques

L’ouvrage Communicating Corporate Social Responsability: Perspectives and Practice, est dirigé par Ralph Tench, William Sun et Brian Jones. Publié cette année aux Editions Emerald, il s’agit du volume 6 d’une collection « Critical studies on Corporate Responsability, Governance and Sustainability ». ce volume de 430 pages est à ranger aussitôt dans les tous meilleurs ouvrages relatifs à la communication RSE.

Composé de dix-huit chapitres rédigés par des auteurs différents, il conjugue la réflexion originale tout en apportant un très grand nombre de réponses issues de recherches en laboratoires.

Situé au croisement de plusieurs disciplines et bien sûr de celle de la communication et de la RSE, la communication RSE est un domaine qui reste mal perçu et qui demeure en construction ne serait-ce qu’en raison de la difficulté d’une définition partagée de la RSE.

Dans son chapitre « Corporate social responsability communication : towards a phase model of strategic planning », Bernd Lorenz Walter distingue :

  • La communication sur la RSE, la RSE comme objet de communication,
  • La communication comme partie intégrante de la RSE, dans laquelle il intègre l’écoute des parties prenantes. « Trop souvent la communication fournit des réponses aux questions que personne ne pose, et ne répond pas aux questions qui sont posées. » (p. 63),
  • La communication responsable qui concerne les impacts, notamment éthiques, de la communication,
  • La communication relative à des produit ou services responsables.

Magnus Fredriksson et Eva-Karin Olsson proposent un modèle d’analyse des discours RSE basé sur leur fréquence, leur étendue et le contexte. Après avoir analysé vingt rapports annuels d’entreprises suédoises, ils observent que « Deux aspects dominent l’information environnementale : qu’avons-nous fait et quand l’avons-nous fait. » A l’inverse, très peu d’informations sont fournies sur les motivations des actions réalisées et le but poursuivi.

Cela rejoint l’étude d’Adrian Zicari sur les tentatives d’harmonisation des référentiels (IIRC, Iso 26000, le Global Compact, GRI) pointant la nécessaire flexibilité des indicateurs en fonction du contexte dans lequel se situent les entreprises et indiquant l’intérêt d’informer également sur les mauvaises nouvelles et les risques.

Tineke Lambooy, Rosemarie Hordijk et Willem Bijveld, dans le chapitre « Communiquer sur l’intégration de la durabilité dans la stratégie corporate », plaident pour la réalisation d’un rapport annuel unique permettant de ne pas déconnecter les enjeux RSE des autres enjeux, notamment financiers, de l’entreprise. Selon eux, dans un rapport intégré, « Il y a davantage d’information compréhensible en lien direct avec la stratégie de l’entreprise » (p. 225). Ils demandent à ce que l’Europe harmonise les législations nationales sur le sujet.

Dans son étude sur la responsabilité des réseaux sociaux Facebook, Twitter et Google, Theresa Bauer montre bien la difficulté d’une approche globale. Alors que les réseaux sociaux peuvent offrir des plates-formes pour des réseaux activistes, ils procurent également une confidentialité insuffisante des données.

L’étude de Sarah Inauen et Dennis Schoeneborn sur les usages de Twitter par les multinationales et les ONG est véritablement passionnante. Après avoir étudié 3.000 Tweets de trente multinationales et de trente ONG, les auteurs concluent à la quasi-absence de distinction. ONG et multinationales utilisent Twitter de la même manière, c’est-à-dire pour diffuser de l’information de manière unilatérale et donc en échouant à utiliser les possibilités de dialogue offertes par ce réseau social : « En termes de degré d’interactivité, ONG et multinationales utilisent Twitter d’une manière suprenamment similaire» (p. 303).

L’article de Guido Berens et Wybe T. Popma, « Créer la confiance du consommateur dans la communication RSE » est une mine d’or. Les auteurs passent en revue un grand nombre d’études sur le sujet. J’y ai appris que :

  • Des allégations précises (comme 100 % biodégradable) procurent de meilleures perceptions que des engagements généraux (comme Earth friendly).
  • Lorsqu’une allégation générale (exemple : Ozone friendly) est couplée avec une allégation spécifique (no CFC), l’effet est encore plus important.
  • Une allégation qui valorise le consommateur procure plus d’effet qu’une allégation relative à la RSE du produit.
  • Une marque voulant convaincre de sa RSE doit d’abord convaincre de la qualité du produit. Le consommateur ne sacrifie pas la qualité contre la RSE.
  • Dans certains cas, axer la consommation sur la RSE du produit peut entraîner une baisse de la perception de la qualité de ce produit.
  • La communication sur les actions réalisées et les impacts a plus d’efficacité que celle sur les engagements et les programmes.
  • Lorsqu’une entreprise communique sur ses actions sans évoquer ses produits, cela n’a pas d’impact sur les intentions d’achat.
  • Les consommateurs préfèrent des labels relatifs à des actions uniques plutôt que des labels généraux (mais ce sujet est controversé).
  • Les informations RSE sous forme de code couleur (rouge/orange/vert) sont plus efficaces que sous forme numérique
  • Les consommateurs n’exprimant pas d’intérêt environnementaux sont plus sensibilisés par des labels négatifs que positifs.
  • Lorsqu’une source indépendante valide la démarche RSE, cela entraîne des effets positifs sur l’image de l’entreprise, mais cela peut impliquer la vision d’une simple action de communication.
  • Lorsqu’une entreprise a beaucoup communiqué sur la RSE, le fait d’apprendre par les médias des informations négatives à son égard sur le sujet entraîne une perception plus négative que si l’entreprise n’avait pas communiqué sur la RSE.
  • Cet effet boomerang ne fonctionne pas lorsque le consommateur s’est déjà forgé l’opinion que l’entreprise aurait une réelle démarche RSE.

Ces deux auteurs concluent par une intéressante réflexion sur les approches de la communication RSE en termes soit déontologiques (l’obligation morale de l’entreprise), soit conséquentialistes (les impacts des activités de l’entreprise). En termes de communication, il n’est pas totalement clair de savoir si le consommateur recherche « une bonne entreprise » (déontologie) ou « un bon produit » (conséquentialisme). L’ensemble des études inclinent toutefois à pencher pour le second.

Un livre indispensable à tous ceux qui s’intéressent à la communication responsable.

Sur le même sujet et sur ce même blog, voir ma critique du livre de Timothy Coombs, cf lien ici: Communiquer sur la RSE, synthèse du livre de T Coombs.

et celle relative au mythe du consommateur éthique: Le mythe du consommateur éthique

En 2011, la revue « Recherches en Communication » a consacré son dossier à la communication environnementale, j’en avais co rédigé l’introduction: Communication & Environnement, actes du colloque « Communicating green ».

Par ailleurs, le N° de Juillet 2014 de la revue « Journal for communicating studies » est également consacré à la communication environnementale. La présentation de ce N° est accessible ici: N° Communication & Environnement du Journal for Communicating Studies